Simulation de noyade : La CIA passe aux aveux
Abou Zoubaydah a été identifié comme étant l'une des sources ayant utilisé contre Adil Charkaoui.
5 fèvrier 2008, Radio Canada
La CIA admet avoir eu recours à la simulation de noyade (waterboarding) sur trois membres présumés du réseau Al-Qaïda dans les mois qui ont suivi les attentats du 11 septembre 2001.
L'aveu est venu de la bouche même du directeur des services de renseignements américains, Michael Hayden, lors d'un témoignage livré devant la commission sénatoriale du renseignement.
« La simulation de noyade a été utilisée sur seulement trois détenus », a-t-il déclaré. M. Hayden a affirmé que la technique, considérée comme une forme de torture par les organisations de défense des droits humains, avait été utilisée sur Khaled Cheikh Mohammed, Abou Zoubaydah et Abd Rahim Al-Nashiri.
Le directeur de la CIA soutient que la simulation de noyade a été employée à la fin de 2001 et au début de 2002, parce que l'agence craignait « d'autres attentats catastrophiques imminents contre le territoire national ». Il assure que la simulation de noyade n'a pas été utilisée depuis 5 ans.
Les noms d'Abdel Rahim al-Nachiri, soupçonné d'être impliqué dans l'attentat contre le navire USS Cole, au Yémen, en 2000 et celui d'Abou Zoubaydah, arrêté au Pakistan en mars 2002, avaient déjà été associés à la controverse sur l'utilisation de la simulation de noyade aux États-Unis.
Les enregistrements vidéo de leurs interrogatoires sont ceux qui ont été détruits par la CIA cet hiver. L'affaire a soulevé un tollé aux États-Unis. Le ministre de la Justice, Michael Mukasey, a d'ailleurs annoncé le 2 janvier l'ouverture d'une enquête criminelle du FBI sur la destruction de ces enregistrements.
L'intérêt de Harkat
Cette affaire n'est pas sans incidence au Canada, puisqu'elle concerne directement Mohamed Harkat, assigné à sa résidence d'Ottawa depuis deux ans, après avoir été détenu en vertu d'un certificat de sécurité pendant plus de trois ans.
Abou Zoubaydah a été formellement identifié par le Service canadien de renseignements et de sécurité (SCRS) comme étant l'une des sources lui ayant permis d'identifier Mohamed Harkat comme le tenancier d'une maison de transition de Peshawar, au Pakistan, qu'utilisaient des islamistes radicaux en route vers la Tchétchénie.
La nature des informations transmises par Zoubaydah au sujet de Harkat n'a jamais été clarifiée et les avocats de ce dernier allèguent depuis longtemps que ces « aveux » ont été arrachés sous la torture. Les autorités canadiennes n'ont jamais fait état d'autres informations ayant été utilisées pour justifier l'émission d'un certificat de sécurité à son encontre, en décembre 2002.
En annonçant sa décision de suspendre le certificat de sécurité émis contre Mohamed Harkat, en mai 2006, la juge Eleanor Dawson avait d'ailleurs souligné qu'un agent du SCRS interrogé dans le cadre du procès n'avait pu « valablement répondre lorsqu'on lui a demandé au cours de son contre-interrogatoire si l'information sur laquelle il se fondait avait été obtenue sous la torture. »